PEUT-ON APPRENDRE A EVALUER PERCEPTIVEMENT LA SEVERITE D’UNE DYSPHONIE ?

Valérie Bokanowski, Maud Rouaze, Alain Ghio, Gilles Pouchoulin, Sophie Dufour

Laboratoire Parole et Langage, CNRS & Aix-Marseille Université, Aix-en-Provence, France

alain.ghio@lpl-aix.fr

Objectifs

Depuis de nombreuses années, les professionnels de la prise en charge des troubles de la voix utilisent différentes méthodes pour évaluer le degré de dysphonie de leur patient. La méthode la plus courante est le jugement perceptif sur l’échelle G(RBAS) d’Hirano (1981) qui consiste à porter son attention sur la qualité vocale du locuteur, par exemple en train de lire un texte, et à attribuer une note entre 0 (voix normale) et 3 (voix très dégradée). Ce type d’évaluation s’apparente à un processus de catégorisation (associer un grade à une production vocale) qui nécessite d’être capable d’associer dans une même catégorie des productions vocales proches mais aussi d’être capable de distinguer des productions vocales de deux catégories différentes. Dans cette étude nous avons examiné si oui ou non, il est possible d’apprendre à catégoriser la sévérité d’une dysphonie. L’intérêt majeur d’un tel apprentissage est qu’il pourrait permettre de réduire la subjectivité dans les jugements des auditeurs.

Méthodes

Un panel d’auditeurs naïfs a donc été soumis à un apprentissage intensif de catégorisation de la sévérité de patients dysphoniques et nous avons examiné l’impact de cet apprentissage sur la convergence des jugements entre auditeurs ainsi que sa persistance dans le temps.

L’expérience a porté sur 38 auditeurs naïfs et s’est déroulée en 3 phases : Une phase de pré-test, une phase d’apprentissage et une phase de post-test. Durant le pré-test, les auditeurs avaient à évaluer 20 voix, 5 par grades, présentées 3 fois aléatoirement. Durant la phase d’apprentissage, 4 blocs de voix étaient présentés aux participants. Chaque bloc contenait 6 voix par grade et chaque voix était présentée deux fois. Durant, les trois premiers blocs, les participants avaient une indication quant à la réponse correcte alors que dans le dernier bloc aucune indication n’était donnée aux participants. Durant le post-test, la même procédure que celle du pré-test a été utilisée, ce qui nous permettait de tester les changements liés à l’apprentissage dans la capacité des auditeurs à catégoriser la dysphonie. Dans le but d’évaluer la persistance de l’apprentissage, le post-test a été administré à deux reprises, immédiatement après et une semaine après l’apprentissage.

Résultats

Les résultats ont révélé une augmentation de la performance entre le pré-test et le post-test seulement pour les grades G2 et G3. Aucune amélioration n’a été observée pour le grade G0 pour qui la performance de départ était déjà très bonne, ni pour grade G1 qui semble donc être le plus résistant à un apprentissage. L’amélioration observée pour les grades G2 et G3 était toujours présente à une semaine. Des analyses additionnelles ont par ailleurs montré une amélioration dans la cohérence des jugements sur l’ensemble des grades.

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