ANALYSE DES ORNEMENTATIONS UTILISEES DANS LE CHANT LONG MONGOL

Claire Pillot-Loiseau1, Lise Crevier-Buchman1,2, Annie Rialland1, Narantuya3,
Coralie Vincent1, Alain Desjacques4,

1Laboratoire de Phonétique et Phonologie, UMR 7018, CNRS/Sorbonne-Nouvelle 19 rue des Bernardins, 75005 Paris, France

2Hôpital Européen Georges Pompidou, service ORL : 15-20 rue Leblanc, 75015 Paris

3Conservatoire de Hohhot, Mongolie intérieure

4Université Lille 3, Laboratoire SELOEN, BP 149, 59653 Villeneuve d’Ascq, France

pillot@msh-paris.fr, cpillot@univ-paris3.fr

Cette recherche pluridisciplinaire s’inscrit dans la thématique de l’instrumentation et des ressources disponibles en phonétique clinique. Elle a pour but de contribuer à optimiser les connaissances fondamentales relatives aux techniques vocales et utilise un matériau non étudié jusqu’ici : le « chant long » mongol (Urtyn duu). Chantées en vers par des hommes ou des femmes, ces mélodies dépassant un ambitus de trois octaves ont pour caractéristique de posséder une riche palette  d’ornementations différentes des vibratos connus en Occident. Ces ornementations, variations de fréquence fondamentale et d’intensité spécifiques, font l’objet d’une analyse multiparamétrique objective.

Celle-ci se base sur d’inédites données fibroscopiques de chants longs produites par une célèbre chanteuse mongole, Narantuya. L’analyse des mouvements laryngés, inspirée de celle d’Edmonson et al., montre que la majorité des mouvements sont supraglottiques : il existe un mouvement de base de fermeture des plis vocaux et une utilisation des muscles interaryténoïdiens et des replis ary-épiglottiques créant une vibration antéropostérieure, comme dans les chirurgies laryngées partielles. Les aryténoïdes se mobilisent ici indépendamment du reste du bloc laryngé, contrairement à ce qui se produit dans le vibrato lyrique. Ces mouvements révèlent une utilisation majoritaire de la « voix pressée ». Dans l’aigu, il existe une « ouverture laryngée » semblant correspondre à un comportement et à un vibrato plus « lyriques ».

Par ailleurs, il est remarquable de noter l’important contraste existant entre l’abondance des mouvements aryténoïdiens, et l’absence de mouvement extérieur visible au niveau cervico-scapulaire, lors de visualisations de la vidéo de la chanteuse durant un concert.

Les analyses fibroscopiques des ornementations chantées ont été mises en rapport avec leur analyse acoustique, effectuée à partir des paramètres suivants : périodicité, étendue et corrélations des modulations en fréquence et amplitude. Une analyse numérique a été réalisée avec les logiciels Praat et Matlab. Elle a conduit à définir différentes catégories d’ornementations utilisées par la chanteuse dans une même mélodie, correspondant à des mouvements laryngés différents. Certaines de ces catégories d’ornementation sont considérées comme le résultat de rapides changements de modes vibratoires.

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