LE HUMAN BEATBOX

ETUDES QUALITATIVES ACOUSTIQUE ET EN VIDEO-FIBROSCOPIE

Tiphaine de Torcy, Agnès Clouet, Claire Pillot-Loiseau, Lise Crevier-Buchman

Faculté Paris VI Pitié Salpêtrière

Unité Voix Parole, HEGP, Paris

tiphdetorcy@hotmail.fr; claire.pillot@univ-paris3.fr

Objectifs

Le Human beatbox se définit comme « la capacité à produire le plus de sons possibles, avec sa bouche ». Le beatboxer reproduit vocalement des sons instrumentaux et tous types de bruitages. Il accompagne ou non ses productions de gestuelle ou de mimiques.

Méthodes

Nous avons étudié huit « sons beatboxés » (grosse caisse, caisse claire, charleston, trompette bouchée, guitare électrique, guitare électrique saturée, scratch sifflé et scratch vocal) à travers deux analyses qualitatives, acoustique et en vidéo-fibroscopie, complétées par une analyse audio-visuelle. Pour cette étude de cas multiples, nous avons exploité les similarités entre nos trois sujets.

Résultats

La comparaison des patterns acoustiques des « sons beatboxés » à ceux des sons cibles indique que les trois beatboxers reproduisent fidèlement le schéma acoustique du son, pour sept sons sur huit étudiés. Ils y parviennent, consciemment ou non, grâce aux stratégies suivantes : catégoriser les sons « en référence aux sons de la parole » ou « par effet vocal », se déshabituer de l’articulation classique des phonèmes de la langue maternelle ou respecter le timbre causal de l’instrument. Chez les trois beatboxers, la maîtrise de l’imitation permet de jouer avec dans leur « groove » (morceau). Les similitudes acoustiques sont donc nécessaires mais pas suffisantes pour faire du Human beatbox.

La vidéo-nasofibroscopie du laryngo-pharynx révèle l’exploitation de toutes les structures laryngées et de toute la cavité de résonance pharyngée. En effet, chez nos sujets, nous retenons les comportements suivants : la dilatation de la cavité pharyngée avec ouverture des sinus piriformes jusqu’à l’espace rétro-cricoïdien, la « tubulisation » du conduit laryngo-pharyngé avec ou sans participation des structures laryngées (notamment l’épiglotte), les sphincters au niveau glottique et ventriculaire, les quasi-sphincters au niveau vestibulaire et pharyngé, et l’activité antagoniste entre le larynx et le pharynx.

De plus nous relevons une dynamique caractérisée par l’indépendance de l’activité de l’épiglotte en regard de l’activité des aryténoïdes, l’indépendance de l’activité laryngée en regard de l’activité pharyngée. Le larynx serait utilisé comme un articulateur. Nous avons alors établi une échelle d’intensité d’ « Ouverture » ou de « Fermeture » et de « Mouvement » permettant de coter les comportements laryngo-pharyngés décrits précédemment.

Enfin, les contorsions observées au niveau du laryngo-pharynx respectent les conditions idéales d’impédance décrites par Titze (cavité pharyngée large ou en tube).

Par ailleurs, les sujets étudiés adoptent des comportements laryngo-pharyngés et posturaux décrits comme à risque (serrage laryngé, compression pharyngée, malmenage, voix de détresse, forçage, …). L’absence de pathologie vocale nous permet de conclure que les trois beatboxers s’approprient et gèrent intelligemment les comportements à risque.

Conclusions

Aussi, les beatboxers investissent leur corps entier dans l’imitation de l’instrument et/ou de l’instrumentiste pour le reproduire le plus précisément possible.

Cette étude suggère l’intérêt de prendre en compte la grande souplesse du laryngo-pharynx, révélée par l’indépendance de ses structures et la capacité à adopter des comportements extrêmes sans pour autant déviants.

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LE HUMAN BEATBOX

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