INFLUENCE DE LA L DOPA ET DES STYLES DE PAROLE SUR LA FO DU PARKINSONIEN

Grigoli Cécile, Mas Marielle, Ghio Alain, Delooze Céline, Robert Danièle, Viallet François 

Laboratoire Parole et Langage, Université d’Aix-Marseille, UMR CNRS 7309,
Centre Hospitalier du Pays d’Aix, Aix-en-Provence

 alain.ghio@lpl-aix.fr 

 

Les caractéristiques principales de la parole parkinsonienne sont un trouble phonatoire et/ou une déstructuration prosodique, notamment mélodique. La fréquence fondamentale (F0) apparait donc comme un paramètre important à étudier dans ce cadre. Le modèle physiopathologique de Goberman & Coelho (2002) prédit, dans la maladie de Parkinson (MDP), une élévation de la F0 conséquente aux tensions laryngées liées à la rigidité parkinsonienne. Or, une revue de la littérature sur cette thématique (Robert, 2005) complétée par une analyse de publications récentes laisse apparaître des résultats contradictoires sur les changements de la hauteur de voix liés à la MDP : élévation, baisse ou pas de différence de F0 par rapport à une population de contrôle. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces résultats contradictoires :

  • le sexe des locuteurs (il n’est pas certain que les symptômes vocaux liés à la maladie soient identiques chez les hommes et les femmes)
  • l’âge des locuteurs : effet du vieillissement sur la voix et notamment la F0 (Hixon et al. 2008)
  • l’état pharmacologique du patient (avec ou sans traitement à la L-dopa)
  • la tâche de production de parole (voyelle tenue vs lecture vs parole spontanée)

Notre travail a consisté à étudier ces aspects en maitrisant ces 4 facteurs. Deux d’entre eux ont été neutralisés en se focalisant sur une population uniquement masculine, prédominante dans la MDP, et en appariant nos patients à une population contrôle d’âge identique. Nous avons ainsi pu étudier l’effet du traitement dopaminergique et des styles de parole sur la fréquence fondamentale de locuteurs hommes, témoins ou parkinsoniens avec ou sans traitement, appariés en âge. Ces 44 locuteurs (29 patients et 15 sujets témoins) ont été enregistrés au Centre Hospitalier du Pays d’Aix à Aix-en-Provence dans différentes tâches de parole, telles que les voyelles tenues, la lecture de phrase, la lecture de texte et la description d’image.

Divers résultats marquants ressortent de notre étude :

  1. pas de différences significatives de la fréquence fondamentale moyenne chez les sujets parkinsoniens en sevrage médicamenteux par rapport à la population contrôle
  2. une augmentation d’environ 10 % de la fréquence fondamentale moyenne chez les sujets parkinsoniens sous l’effet du traitement (ON) par rapport à l’état de sevrage médicamenteux (OFF)
  3. des différences d’environ 10 % de la fréquence fondamentale moyenne entre la tâche de description d’image (F0 moyenne plus basse) par rapport à toutes les autres taches plus axées sur une situation de performance (voyelle tenue, lecture)

Les deux premiers résultats, en contradiction avec le modèle de Goberman & Coelho (2002), pourraient s’expliquer par l’absence, dans ce modèle, du rôle de la pression sous-glottique (PSG) conditionnant la F0 (corrélation entre PSG et F0). Or, il est à présent connu que la PSG est diminuée dans la MDP et que ce paramètre s’élève en situation ON dopa (Sarr et al., Mvt Disorders 2009). Nous émettons l’hypothèse d’un double effet opposé sur la F0 dans la situation de sevrage médicamenteux : (1) PSG abaissée induisant une diminution de F0 + (2) rigidité laryngée entrainant une élévation de F0, ces deux effets s’annihilant. En revanche, en situation ON dopa, l’effet médicamenteux restituant une PSG plus élevée entraine donc, concomitant à l’augmentation de hauteur par rigidité, une hausse de la F0.

D’autre part, le troisième résultat (parole préparée vs non préparée) laisse apparaitre un point sensible d’un point de vue méthodologique : des situations de performance avec de la parole préparée (voyelle tenue, lecture) ne masquent-elles pas des effets observables dans des taches de production de parole plus spontanée (description libre d’image) et qui passent plus inaperçus dans des situations où le locuteur se sent en examen induisant une compensation ad hoc, notamment une augmentation de F0 par mécanisme hyperfonctionnel; le corolaire de cette hypothèse serait ainsi un mécanisme plus hypofonctionnel en situation plus spontanée (Lindblom, 1990). Ce constat nous a conduit à intégrer cette problématique dans le projet TYPALOC (Meunier et al.) financé en 2012 par l’ANR.

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